Publié le 22 septembre 2026 · Mis à jour le 2 octobre 2026
Il y a une phrase qu’on entend à peu près toutes les semaines en séance : « de toute façon, le lundi de Pentecôte est férié, donc je suis payé ». Selon ton canton et selon la façon dont ton salaire est calculé, cette phrase est vraie, à moitié vraie, ou complètement fausse.
La réponse courte, pour un contrat suisse ordinaire. Tu as droit à quatre semaines de vacances par année de service, cinq si tu n’as pas encore 20 ans révolus, et ce droit est intouchable. Les jours fériés, eux, ne suivent pas la même logique : ils dépendent du canton où tu travailles, leur nombre varie de sept à neuf en Suisse romande, et un seul d’entre eux doit obligatoirement t’être payé si tu es rémunéré à l’heure, le 1er août.
Ce décalage coûte de l’argent à beaucoup de jeunes sans qu’ils s’en rendent compte. Un salarié payé à l’heure à 25 francs perd environ 1 680 francs par an de revenu par rapport à un collègue mensualisé qui fait exactement le même travail, uniquement à cause des jours fériés. Et ceux qui sont payés à l’heure ont souvent un deuxième trou dans leur fiche de paie, le supplément vacances, qu’on va apprendre à repérer ligne par ligne.
Tout ce qui suit vient du Code des obligations dans sa version en vigueur au 1er janvier 2026, de la loi sur le travail, des lois cantonales des six cantons romands, et de la jurisprudence du Tribunal fédéral. Chaque chiffre est attaché à sa source.
Quatre semaines, cinq avant 20 ans : le socle que rien ne peut réduire
L’article 329a al. 1 du Code des obligations est court et sans ambiguïté : l’employeur accorde au travailleur, chaque année de service, quatre semaines de vacances au moins, et cinq semaines au moins aux travailleurs jusqu’à l’âge de 20 ans révolus.
Le détail se cache dans trois formulations.
« Au moins » veut dire que c’est un plancher. Une convention collective, un contrat-type ou ton contrat individuel peuvent être plus généreux, jamais moins. Un contrat qui t’accorde trois semaines est simplement illégal, et la clause ne vaut rien.
« Chaque année de service » veut dire que le compteur démarre à ta date d’engagement, pas au 1er janvier. Si tu commences le 1er septembre, ta première année de service court jusqu’au 31 août suivant.
« Jusqu’à l’âge de 20 ans révolus » est la partie que presque personne ne réclame. Tu as droit à cinq semaines tant que tu n’as pas fêté tes 20 ans. Pour un apprenti ou un jeune en premier emploi, c’est une semaine entière de plus, et beaucoup de contrats types sont rédigés avec « quatre semaines » par défaut sans que personne ne vérifie la date de naissance.
Quand ton année de service n’est pas complète, les vacances sont calculées au prorata (art. 329a al. 3 CO). Le calcul standard retenu par l’inspection du travail de Lausanne est simple : pour un plein temps à cinq jours par semaine et quatre semaines de vacances, tu acquiers 1,67 jour de vacances par mois travaillé (20 jours divisés par 12). Six mois de contrat donnent donc dix jours.
| Ta situation | Ton droit annuel | Acquisition par mois |
|---|---|---|
| Moins de 20 ans révolus | 5 semaines, soit 25 jours | 2,08 jours |
| 20 ans et plus | 4 semaines, soit 20 jours | 1,67 jour |
| Temps partiel, 3 jours par semaine | 4 semaines, soit 12 jours | 1 jour |
| Contrat de 6 mois, plein temps | 10 jours (prorata) | 1,67 jour |
Le temps partiel mérite une précision, parce que c’est là que les malentendus se logent. Ton droit reste de quatre semaines : ce sont des semaines, pas des jours. Si tu travailles trois jours par semaine, quatre semaines de vacances valent douze jours de congé, et tu es couvert pendant quatre semaines entières. Compter vingt jours serait te donner presque sept semaines, compter moins de douze serait te priver d’une partie de ton droit.
Ce que ton canton compte vraiment comme jour férié
Au niveau fédéral, un seul jour est férié partout : le 1er août, inscrit à l’art. 110 al. 3 de la Constitution fédérale. Tout le reste est cantonal. L’art. 20a de la loi sur le travail autorise chaque canton à assimiler au dimanche huit jours au maximum en plus de la fête nationale, ce que confirme le service de l’économie et de l’emploi jurassien sur son portail de la loi sur le travail.
D’où l’écart, qui est plus large qu’on ne le croit en Suisse romande.
| Canton | Jours assimilés au dimanche | Base légale | Le piège local |
|---|---|---|---|
| Genève | 9 : 1er janvier, Vendredi-Saint, lundi de Pâques, Ascension, lundi de Pentecôte, 1er août, Jeûne genevois, Noël, 31 décembre | Loi sur les jours fériés (LJF) | Ni le 1er mai ni le lundi du Jeûne fédéral ne sont fériés. Genève a son propre Jeûne. |
| Vaud | 9 : Nouvel An, 2 janvier, Vendredi Saint, lundi de Pâques, Ascension, lundi de Pentecôte, 1er août, lundi du Jeûne fédéral, Noël | Art. 47 de la loi sur l’emploi (LEmp) | Le 2 janvier est férié, ce qui n’est pas le cas à Genève. |
| Fribourg | 9, mais deux listes différentes selon la partie catholique ou réformée de la commune | Art. 20a LTr et art. 49 LEMT | Dans la partie catholique, le lundi de Pâques et le lundi de Pentecôte sont des jours « chômés », pas des jours fériés. |
| Valais | 9 : Nouvel An, Saint-Joseph, Ascension, Fête-Dieu, 1er août, Assomption, Toussaint, Immaculée Conception, Noël | Loi sur le repos du dimanche et des jours de fête (RS/VS 822.2) et son règlement (822.200) | Ni le Vendredi Saint ni le lundi de Pâques ne figurent dans la liste. |
| Neuchâtel | 7 : Nouvel An, 1er mars, Vendredi Saint, 1er mai, Ascension, 1er août, Noël | Loi sur le dimanche et les jours fériés du 30 septembre 1991 (RSN 941.02) | Le lundi de Pâques et le lundi de Pentecôte ne sont pas fériés au sens de la loi, même si les magasins ferment. |
| Jura | 9 : Nouvel-An, Vendredi saint, lundi de Pâques, 1er mai, Ascension, lundi de Pentecôte, Fête-Dieu, 1er août, Noël | Art. 4 de la loi du 31 août 2022 (RSJU 555.1) | La même loi liste quinze « jours fériés officiels » à son art. 3, dont seuls neuf sont assimilés au dimanche. |
La ligne jurassienne est celle qui explique le mieux pourquoi tout le monde se trompe sur ce sujet. La loi du 31 août 2022 a deux articles qui listent des jours fériés. L’art. 3 énumère quinze jours fériés officiels, 2 janvier, Pâques, Pentecôte, 23 juin, Assomption et Toussaint compris : ce sont les jours où il est interdit de faire du bruit et de troubler la paix publique. L’art. 4 n’en retient que neuf comme « assimilés au dimanche » : ce sont les seuls qui comptent en droit du travail. Quand on lit ailleurs que le Jura a treize jours fériés, c’est le premier article qu’on a compté, alors que c’est le second qui décide si tu vas au bureau.
Fribourg produit le même effet par un autre chemin. Le Service public de l’emploi est explicite : les jours dits « chômés » sont des jours travaillés ordinaires pour lesquels l’employeur décide librement d’accorder un congé ou non, et « si l’entreprise décide d’ouvrir, les employé·es sont tenus de venir travailler ». Dans la partie catholique du canton, le lundi de Pâques, le lundi de Pentecôte, le 2 janvier et le 26 décembre tombent dans cette catégorie. Ils sont en revanche bel et bien fériés dans les dix communes de la partie réformée, autour de Morat et du Vully.
Dernier point, et il compte pour tous ceux qui traversent une frontière cantonale chaque matin : c’est le lieu de travail qui détermine ton droit aux jours fériés, pas ton domicile. La formule est du Service public de l’emploi fribourgeois, et elle vaut partout. Si tu habites Nyon et que tu travailles à Genève, tu suis le calendrier genevois, Jeûne genevois compris, et tu travailles le 2 janvier.
Payé ou pas payé : tout dépend de la ligne « salaire » de ton contrat
C’est ici que se trouve l’information la plus rentable de cette page, et c’est celle qui manque partout ailleurs. Un jour férié n’est pas automatiquement un jour payé.
Le service de protection des travailleurs de la Ville de Lausanne le formule sans détour : les jours fériés légaux sont assimilés au dimanche et ne donnent pas lieu à déduction du salaire des travailleurs payés au mois. Pour ceux payés à l’heure, aux pièces ou à la tâche, les dispositions légales sur le contrat de travail n’imposent pas la rémunération des jours fériés non travaillés, même lorsqu’ils tombent sur un jour de travail fixe. Le Tribunal fédéral l’a confirmé à trois reprises, dans les arrêts 4A_478/2009, 4A_54/2010 et 4A_72/2018.
L’unique exception est la fête nationale, parce que sa rémunération est ancrée dans la Constitution. L’art. 1 al. 3 de l’ordonnance sur la fête nationale prévoit que l’employeur paie le salaire entier pour le jour chômé du 1er août, et la Fédération des entreprises romandes le confirme sans réserve : ce jour doit être payé quel que soit le mode de rémunération, salaire horaire, journalier, mensuel ou à la pièce, pour autant qu’il tombe sur un jour habituellement travaillé.
| Ta situation | Jour férié cantonal | 1er août |
|---|---|---|
| Salaire mensuel fixe | Payé, aucune déduction possible | Payé |
| Salaire à l’heure, à la pièce, à la tâche | Non payé, sauf contrat ou convention collective | Payé |
| Férié qui tombe un samedi ou un dimanche | Aucune compensation | Aucune compensation |
| Férié pendant un arrêt maladie | Aucune récupération | Aucune récupération |
| Férié pendant tes vacances | Non décompté de ton solde de vacances | Non décompté |
| Temps partiel, férié sur un jour non travaillé | Aucune compensation | Aucune compensation |
Les deux avant-dernières lignes du tableau tirent dans des directions opposées, et il vaut la peine de comprendre pourquoi. Un férié qui tombe pendant tes vacances ne t’est pas décompté : la règle est écrite noir sur blanc dans la fiche vacances de l’inspection du travail lausannoise. Mais un férié qui tombe pendant un arrêt maladie est perdu. La Fédération des entreprises romandes explique la logique : les vacances ont pour but de te permettre de te reposer, donc une maladie les empêche d’atteindre leur objectif, alors que les jours fériés servent à marquer une occasion particulière, ce que la maladie n’empêche pas. C’est discutable sur le fond, mais c’est le droit applicable.
Beaucoup de conventions collectives corrigent le trou du salaire horaire. La convention nationale de l’hôtellerie et de la restauration prévoit à son art. 18 le paiement de six jours fériés par an, versés sous forme d’un supplément de 2,27 % du salaire. Si tu travailles dans une branche couverte par une convention collective, c’est le premier document à ouvrir.
Enfin, si ton employeur te demande de travailler un jour férié et qu’il est au bénéfice d’une autorisation pour travail dominical temporaire, tu as droit à un supplément de salaire de 50 % sur les heures effectuées ce jour-là, en vertu des art. 19 al. 3 et 20a LTr, en plus du repos compensatoire.
Le supplément vacances : la ligne qui vaut des milliers de francs
Si tu es payé à l’heure, cette section est celle qui peut te rapporter le plus.
Le principe posé par l’art. 329d al. 1 CO est que tu ne dois pas être traité différemment, du point de vue salarial, selon que tu travailles ou que tu es en vacances. Le Tribunal fédéral le répète depuis vingt ans (ATF 129 III 493, ATF 136 III 283, arrêt 4A_285/2015) avec un raisonnement simple : si ton revenu baisse quand tu pars en vacances, tu es incité à continuer de travailler, ce qui vide les vacances de leur sens.
Pour un salaire horaire, ce salaire de vacances se calcule en pourcentage du salaire brut :
| Droit aux vacances | Supplément | Le calcul |
|---|---|---|
| 4 semaines | 8,33 % | 4 semaines sur 48 travaillées |
| 5 semaines | 10,64 % | 5 semaines sur 47 travaillées |
| 6 semaines | 13,04 % | 6 semaines sur 46 travaillées |
Exemple repris de la fiche officielle lausannoise : sur un salaire de base de 18,90 francs de l’heure, le supplément pour quatre semaines vaut 1,60 franc, et le salaire horaire complet est donc de 20,50 francs. Les cotisations sociales et l’éventuel impôt à la source se calculent sur le total, supplément inclus.
Voilà maintenant le point que presque personne ne connaît. Verser ce supplément avec le salaire mensuel plutôt qu’au moment des vacances est une dérogation, et le Tribunal fédéral ne l’admet qu’à trois conditions cumulatives (ATF 129 III 493) :
- Ton activité doit être irrégulière. Une fluctuation d’activité de 10 à 25 % suffit à caractériser cette irrégularité (arrêt 4A_31/2021), mais le seul fait que ta rémunération soit variable ne suffit pas (arrêt 4A_158/2021).
- L’indemnité de vacances doit être mentionnée clairement et expressément dans ton contrat de travail quand il est écrit.
- Elle doit être mentionnée clairement et expressément sur tes fiches de salaire, et pas seulement « comprise dans le salaire global » : le Tribunal fédéral exige qu’elle soit stipulée en pourcentage ou en chiffre.
Si ces trois conditions ne sont pas réunies, la conséquence est spectaculaire. L’employeur doit payer le salaire afférent aux vacances, peu importe que tu aies pris tes vacances en nature (ATF 129 III 664 et arrêt 4A_205/2016). Autrement dit, il paie deux fois. Et dans l’arrêt 4A_561/2017, le Tribunal fédéral a précisé qu’un salarié qui avait reçu pendant des années des décomptes mentionnant la part vacances sans que les trois conditions soient remplies pouvait réclamer le paiement pour les années 2009 à 2013 sans que son action soit abusive.
Le geste utile tient en trente secondes : ouvre ta dernière fiche de salaire et cherche une ligne nommée « indemnité vacances », « supplément vacances » ou « 8,33 % ». Si tu es payé à l’heure et qu’elle n’y figure ni en pourcentage ni en francs, il y a de fortes chances qu’il te manque de l’argent.
Ce que tout ça vaut, en francs
Les articles de loi ne parlent pas à grand monde. Voici la même chose traduite pour un jeune payé 25 francs de l’heure, 42 heures par semaine, soit environ 2 184 heures et 54 600 francs de salaire de base annuel.
| Ce qui est en jeu | Combien ça vaut par an |
|---|---|
| Supplément vacances à 8,33 % (4 semaines) | 4 548 francs |
| Supplément vacances à 10,64 % (moins de 20 ans) | 5 809 francs |
| Une journée de férié non payée (8,4 heures) | 210 francs |
| Huit fériés cantonaux tombant en semaine, non payés | 1 680 francs |
| Écart total avec un collègue mensualisé au même tarif | environ 6 200 francs |
C’est le chiffre à retenir, et c’est celui qu’on voit le plus souvent ignoré : à travail identique et à taux horaire identique, un contrat horaire mal rédigé peut valoir plus de 6 000 francs de moins par an qu’un contrat mensualisé. Ce n’est pas une fatalité, c’est une somme de lignes à vérifier.
Pour un salaire mensualisé, le raisonnement change de nature. Tes vacances et tes fériés sont déjà payés : ce que tu gagnes en les connaissant, c’est du temps. Une cinquième semaine avant 20 ans, ce sont cinq jours de congé supplémentaires par an que ton contrat ne mentionne peut-être pas. Un jour férié qui tombe pendant tes vacances, c’est un jour de solde que ton employeur n’a pas le droit de décompter.
Malade pendant tes vacances : la seule situation où tu récupères
Une maladie pendant les vacances et une maladie un jour férié n’ont pas du tout le même effet. On vient de voir que le férié est perdu. Les vacances, elles, peuvent être reprises, mais pas automatiquement.
La distinction juridique porte sur deux notions qu’il ne faut pas confondre : être incapable de travailler et être incapable de bénéficier de ses vacances. Une indigestion, un coup de soleil, une cheville foulée, un mal de dents passager ou un doigt cassé peuvent t’empêcher de travailler sans t’empêcher de te reposer. Dans ce cas, les jours restent décomptés.
La doctrine retenue par l’inspection du travail lausannoise pose deux critères cumulatifs :
Le critère de durabilité veut que seule une incapacité dépassant deux ou trois jours entre en ligne de compte. Le critère d’intensité veut que l’atteinte empêche réellement la récupération physique et psychique. Une immobilisation complète, une hospitalisation, un suivi médical constant, une quarantaine ou une dépression remplissent ces deux critères, et les jours concernés ne doivent alors pas être décomptés de ton solde.
En pratique, cela veut dire que si tu tombes sérieusement malade pendant tes vacances, tu dois consulter et obtenir un certificat médical daté, puis annoncer l’arrêt à ton employeur sans attendre ton retour. Sans certificat, tu n’auras rien à opposer à un décompte.
Le congé-jeunesse : une semaine par an que seuls les moins de 30 ans peuvent demander
C’est probablement le droit le moins connu du droit du travail suisse, et il est écrit pour toi.
L’art. 329e al. 1 CO oblige l’employeur à accorder, chaque année de service, au travailleur jusqu’à l’âge de 30 ans révolus, un congé-jeunesse représentant au plus une semaine de travail, lorsque celui-ci se livre bénévolement à des activités de jeunesse extra-scolaires pour une organisation du domaine culturel ou social, en y exerçant des fonctions de direction, d’encadrement ou de conseil, ou qu’il suit la formation nécessaire à ces activités.
Concrètement : moniteur de camp, responsable dans un mouvement scout, animateur d’un groupe de jeunes, entraîneur bénévole encadrant des juniors, formateur Jeunesse et Sport. Si tu es dans ce cas, ton employeur ne peut pas te dire non.
Avant de foncer voir ton chef, garde en tête ce qui encadre ce droit.
Ce congé n’est pas payé (art. 329e al. 2 CO), sauf si un accord, un contrat-type ou une convention collective prévoit mieux. C’est du temps libre garanti, pas du salaire.
Si tu ne trouves pas d’accord avec ton employeur sur les dates, le congé t’est accordé à condition que tu aies annoncé ton intention deux mois avant le début du congé (art. 329e al. 3 CO). Cette annonce anticipée est la clé : sans elle, tu dépends du bon vouloir de ton chef.
Les jours non pris au 31 décembre ne se reportent pas sur l’année suivante. Et sur demande, tu dois pouvoir prouver les tâches qui t’ont été confiées dans le cadre de ces activités (art. 329e al. 4 CO).
Une dernière chose, et elle est rassurante : prendre un congé-jeunesse ne peut pas être utilisé pour réduire tes vacances. L’art. 329b al. 2 CO cite explicitement le congé-jeunesse parmi les absences non fautives qui n’autorisent aucune réduction tant qu’elles ne dépassent pas un mois sur l’année de service.
Qui décide de tes dates, et quand tu peux refuser
L’art. 329c al. 2 CO donne le pouvoir de fixer les dates à ton employeur, en tenant compte de tes souhaits dans la mesure compatible avec les intérêts de l’entreprise. Ce n’est donc pas toi qui choisis, mais ce pouvoir a des limites précises.
Ton employeur doit t’accorder au moins deux semaines consécutives une fois dans l’année de service (art. 329c al. 1 CO). Fractionner tout ton solde en jours isolés est contraire à la loi.
Il doit aussi te prévenir suffisamment tôt. Le Tribunal fédéral considère qu’un délai de trois mois est en principe nécessaire pour que tu puisses t’organiser, réserver, prendre tes dispositions en famille (arrêt du 4 avril 1996, publié dans Plaidoyer 5/1996). Ce délai peut être raccourci si c’est toi qui demandes des vacances à brève échéance, ou s’il reste un solde à écouler en fin de contrat.
Et si ton employeur t’impose des vacances sans te laisser un délai suffisant, tu as le droit de refuser. Le Tribunal fédéral l’a jugé dans l’arrêt 4A_434/2017. Attention toutefois à la manière : tu dois exercer ce droit de refus sans délai et proposer tes services pendant la période de vacances prévue, faute de quoi tu es réputé avoir accepté de les prendre.
Dans l’autre sens, ton employeur peut imposer la prise de vacances pendant une fermeture annuelle, à condition qu’elle se justifie par l’activité de l’entreprise, qu’elle soit planifiée et clairement prévisible. Il peut aussi annuler tes vacances déjà accordées en cas de circonstances exceptionnelles et imprévisibles, mais pas pour compenser une mauvaise planification : dans ce cas, il prend en charge tes frais d’annulation et les éventuels suppléments de prix si tu reportes en haute saison.
Quand tu pars : ce qui arrive à ton solde
La règle de base est l’art. 329d al. 2 CO : tant que durent les rapports de travail, les vacances ne peuvent pas être remplacées par de l’argent. Un employeur qui te propose de te payer tes jours plutôt que de te laisser partir agit contre la loi, et cela reste vrai pendant le délai de congé.
Tout change à la fin du contrat. Si tu n’as pas pu prendre tes vacances, tu peux réclamer le salaire correspondant aux jours non pris. Cette indemnité se calcule sur le salaire brut, treizième salaire et commissions compris, ce que le Tribunal fédéral a confirmé dans les arrêts 4C.173/2004 et 4C.207/2003.
Entre les deux, il y a le cas très fréquent du licenciement avec libération de l’obligation de travailler. La jurisprudence pose une règle de proportion : les vacances résiduelles doivent être prises en nature lorsque leur durée n’excède pas approximativement le quart ou le tiers du délai de congé, et pour le surplus elles sont payées (arrêt 4A_319/2019). La méthode de calcul est mécanique : on additionne les jours ouvrables restants, samedis, dimanches et fériés exclus, et on divise par trois.
| Situation à ton départ | Ce qui se passe pour ton solde |
|---|---|
| Démission de ta part | L’employeur peut t’imposer tes jours restants, on présume que tu as déjà retrouvé un emploi |
| Licenciement avec libération de travailler | Jusqu’à un tiers du délai de congé en nature, le reste payé |
| Licenciement sans libération de travailler | Prise en nature seulement si le délai est plus long que le minimum légal, ou si tu as déjà retrouvé un emploi |
| Fin de contrat sans solde écoulé | Paiement sur le salaire brut, treizième et commissions inclus |
Dans quels cas ton droit peut être réduit
L’art. 329b CO autorise une réduction d’un douzième par mois complet d’absence, mais le seuil de déclenchement dépend entièrement de la nature de l’absence.
Si l’absence est fautive, des jours non justifiés par exemple, la réduction s’applique dès le premier mois complet d’absence, et seulement au-delà d’un mois cumulé sur l’année de service (art. 329b al. 1 CO).
Si l’absence est non fautive, maladie, accident, service militaire, exercice d’une fonction publique ou congé-jeunesse, aucune réduction n’est possible tant qu’elle ne dépasse pas un mois sur l’année de service (art. 329b al. 2 CO). Au-delà, la réduction est d’un douzième par mois complet dès le deuxième mois.
Pour une absence liée à la grossesse, la réduction ne commence qu’à partir du troisième mois. Et l’art. 329b al. 3 CO interdit purement et simplement toute réduction pour le congé de maternité, le congé de l’autre parent, le congé de prise en charge et le congé d’adoption.
Les quatre clauses à refuser avant de signer
Quatre formulations reviennent régulièrement dans les contrats de jeunes, et chacune est contraire au droit.
| La clause | Pourquoi elle ne vaut rien | La base |
|---|---|---|
| « Trois semaines de vacances par an » | Le minimum est de quatre semaines, et de cinq jusqu’à 20 ans révolus | art. 329a al. 1 CO |
| « Indemnité vacances comprise dans le salaire global » | Elle doit être stipulée en pourcentage ou en chiffre, dans le contrat et sur les fiches de salaire | ATF 129 III 493 |
| « Les jours de vacances non pris sont perdus au 31 décembre » | Les jours acquis se paient à la fin des rapports de travail | art. 329d al. 2 CO |
| « Les vacances peuvent être remplacées par une indemnité » | Interdit tant que le contrat court | art. 329d al. 2 CO |
Ajoutes-y un réflexe de lecture : cherche dans ton contrat le mot « convention collective ». Si ta branche en a une, elle est très souvent plus généreuse que la loi sur les vacances comme sur les fériés, et c’est elle qui s’applique.
Il existe enfin un droit que presque personne n’utilise : l’art. 20a al. 2 LTr permet, dans les entreprises soumises à la loi sur le travail, d’interrompre son travail à l’occasion de fêtes religieuses autres que celles reconnues par le canton, à condition d’en faire la demande au moins trois jours à l’avance. L’employeur peut te demander un travail compensatoire, mais il ne peut pas refuser l’absence.
Un mot d’honnêteté sur ce qu’on peut faire. Les congés, les jours fériés et les délais relèvent de ton contrat et du droit du travail : pour un litige sur ces points, le bon interlocuteur reste ton employeur, ton syndicat ou l’inspection cantonale du travail, pas nous. Ce qu’on fait en séance d’information gratuite, c’est le volet argent : on lit ta fiche de paie ligne par ligne, on vérifie ton salaire net, tes cotisations, ton impôt à la source et ton droit au subside.
Comment citer cette page
Cette comparaison des jours fériés assimilés au dimanche dans les six cantons romands, avec leur base légale cantonale et la distinction entre jour férié légal et jour chômé, a été établie par Conseil Jeunes à partir des textes officiels en vigueur en 2026. Reprise autorisée avec crédit et lien vers cette page. Format suggéré : « Conseil Jeunes, Vacances et jours fériés en Suisse romande, édition 2026 ».
Sources de cet article
Code des obligations (RS 220), état au 1er janvier 2026, art. 329a à 329e, texte consolidé sur Fedlex. Loi fédérale sur le travail (LTr), art. 19 al. 3, 20 et 20a. Constitution fédérale, art. 110 al. 3, et ordonnance sur la fête nationale, art. 1 al. 3. Fiches « Vacances (art. 329a à 329d CO) » et « Jours fériés (art. 20a LTr ; art. 47 LEmp) » du service de protection des travailleurs de la Ville de Lausanne, qui recensent la jurisprudence citée. Questions-réponses sur les jours fériés de la Fédération des entreprises romandes Genève, pour la loi genevoise sur les jours fériés. Page « Jours fériés » du Service public de l’emploi de l’État de Fribourg, mise à jour le 6 juillet 2026. Page « Jours fériés officiels » du canton de Neuchâtel, pour la loi RSN 941.02 du 30 septembre 1991. Loi jurassienne du 31 août 2022 sur les jours fériés officiels et le repos dominical (RSJU 555.1), PDF du recueil systématique. Pages du Service de protection des travailleurs et du Service des ressources humaines de l’État du Valais. Arrêts du Tribunal fédéral ATF 129 III 493, ATF 129 III 664, ATF 136 III 283, 4A_478/2009, 4A_54/2010, 4A_72/2018, 4A_31/2021, 4A_158/2021, 4A_205/2016, 4A_285/2015, 4A_319/2019, 4A_434/2017, 4A_561/2017, 4C.173/2004, 4C.207/2003.
Chiffres, articles de loi et listes cantonales vérifiés aux sources officielles pour l’année 2026. ⚠️[À CONFIRMER : la liste valaisanne des neuf jours fériés provient du portail de l’État du Valais ; le recueil cantonal RS/VS 822.2 n’a pas pu être ouvert, son site étant une application JavaScript, donc l’article exact qui fixe cette liste pour le secteur privé n’est pas cité ici.]
Pour aller plus loin sur ce que ton contrat déclenche vraiment, lis notre guide sur les trois compteurs du CDI suisse. Pour comprendre chaque ligne de ton bulletin, passe par la fiche de salaire suisse décodée, le treizième salaire et les cotisations sociales. Et pour convertir tout ça en net, notre calcul du salaire brut en net fait le travail. Si tu travailles en Suisse et habites en France, le calendrier qui s’applique est celui de ton canton de travail : c’est expliqué dans notre guide du frontalier.
Questions fréquentes
Conseil Jeunes, c’est aussi sur TikTok : des repères sur ton argent et tes droits, en format court. Suivre @conseiljeunes


